2 juin Guingamp Tréguier

Entre terre et mer, ouvriers et patrons !

La matinée a commencé par un entretien matinal ce matin sur Bretagne 5, dans des conditions agréables, avec du temps pour parler et développer les éléments que nous portons en avant dans cette campagne, avec toujours la contrainte, bien compréhensible, que nous ne pouvons pas y parler des heures. Je remercie vraiment les équipes de cette radio associative, qui tient sans salariés pour l’heure, et qui fait un travail remarquable, avec une connexion internet trop lente pour les besoins de leur activité. S’il le fallait, ce tour est l’occasion de rappeler, et à moi également, que rien ne remplace les rencontres réelles, celles où, en ce cas, on prend un petit café avant l’entretien, et où les échanges ont toute leur place. En plus d’être un moment de mobilisation politique et de conviction, cette campagne est une façon de retrouver la vie en commun qui nous a largement échappé ces derniers mois.

Il faut bien le confesser ici : l’agenda de la journée ne me permettait pas de faire du vélo. Je me rattraperai demain, mais les cyclistes du jour, Hervé et Édouard, sont partis sans moi parcourir les routes des Côtes d’Armor. Nous sommes arrivés à Guingamp pour rencontrer les salariés de Triskalia qui se sont fait empoisonnés en travaillant sur un site où les produits avec lesquels ils étaient en contact les ont plongés dans de graves maladies professionnelles. Aujourd’hui, ils ont développé une hypersensibilité à l’exposition à ces produits qui peut les entraîner séance tenante à l’hôpital. Claude et Stéphane se sont battus, avec Laurent et Édith qui nous a rejoints, et ont obtenu des victoires judiciaires, avec l’appui décisif de Serge Le Quéau de Sud-Solidaires. Les rencontrer était extrêmement important, car leur lutte est emblématique de l’importance du combat contre l’influence du lobby agro-alimentaire en Bretagne, dont Triskalia, qui a changé de nom pour redorer son blason bien terni, est le vaisseau amiral. Si nous sommes engagés si pleinement dans cette élection, c’est pour ouvrir une politique qui ne soit pas soumise à ces intérêts qui tiennent à ce point la sphère institutionnelle qu’ils ont compromis la sincérité de certains jugements à des étapes du processus juridique, pour cause de conflits d’intérêts précisément. La ligne de rupture, dans cette élection, passe là, entre ceux qui souhaitent réhabiliter l’autonomie de la politique vis-à-vis des ces puissances qui n’ont pas hésité à traîner dans la boue jusqu’à l’honneur de Gwenaël, qui s’est donné la mort au cours de ces années de combat et dont ils ont essayé de salir l’image : la rencontre avec Édith, sa femme qui s’est battue pied à pied, m’a marqué énormément. De ces personnes, je retiens le courage inébranlable, la force et l’abnégation grâce auxquels ils parviennent à continuer, en portant le fer sur le plan pénal désormais. Nous leur devons toute notre solidarité, et portons un horizon politique et économique où ces violences qu’ils ont subies n’auront plus cours.

Nous sommes ensuite partis à Saint Quay Portrieux, à la rencontre des patrons pêcheurs de l’association Breizhmer. Ils forment un collectif interprofessionnel qui souhaitait entendre les différentes listes sur les enjeux liés à la pêche et à la conchyliculture. J’y ai défendu notre perspective, qui ne s’articule pas complètement aux leurs, encore que des points d’accords semblaient se dessiner dans la discussion : création d’un label Produits de la mer en Bretagne, exigeant sur le plan social et écologique – reste à déterminer le cahier des charges, accueil des nouveaux arrivants – reste à savoir comment, puisque la question du prix initial du bateau, que j’ai évoquée, n’est pas vraiment revenue sur la table lors de la suite de nos échanges. Pour notre part, nous souhaitons développer une pêche articulée à des circuits courts, développer la pêche artisanale, et ajoute des conditions aux aides publiques à la pêche, notamment en matière de pêche sélective et de densité de l’emploi sur le secteur. Car, là aussi, nous pensons que des plus petits bateaux, qui diversifieraient leurs méthodes de pêche, seraient plus créateurs d’emplois et mieux adaptés à la ressource et aux secousses qui vont se produire, notamment du fait du changement climatique. Les circuits plus courts avec moins d’intermédiaires permettent également d’envisager un prix plus rémunérateur pour les pêcheurs, ce qu’expérimente avec succès l’entreprise Poiscaille dans le Finistère, modèle du genre, qui lie près de 100 pêcheurs à des consommateurs, un peu sur le modèle des AMAP. La qualité de l’eau est également un enjeu central pour la conchyliculture, ce qui pose à la fois la question de la conversion du modèle agricole, pour laquelle nous nous engageons, et de l’investissement dans les réseaux d’assainissement. Des désaccords persistaient dans cette discussion, mais il était important de confronter nos perspectives, et ce fut un moment intéressant.

Après un appel pour le travail, je me suis rendu à Tréguier où nous attendaient des militants insoumis ainsi que Marius, venu présenter le Pezh, monnaie locale mise en place dans le Trégor et le Goëlo. Il y en a ainsi une douzaine en Bretagne, comme l’heol à Brest, ou encore le projet à Belle-Île, comme j’avais dû vous en parler ici il y a ce qui désormais me semble une éternité. L’intérêt de ces projets, si la charte est rigoureuse et bien appliquée, est de favoriser la mise en relation, sur des circuits courts, des producteurs et des consommateurs. Elles vont dans le bon sens. Cette présentation fait partie des initiatives positives que j’ai rencontrées ces derniers temps.

Le Trégor est un lieu magnifique, où j’avais déjà été très bien accueilli il y a quatre ans, lors de la campagne présidentielle. J’y ai, entre autres, retrouvé Max, Claude et Daniel, avec qui nous avions passé une soirée formidable près de Tréguier. Me voici en train d’écrire dans la même maison, et j’ai du mal à croire que quatre années ont passé, car il y a dans nos échanges la sincérité et l’amitié de ceux qui se sont vus encore hier. L’engagement politique passe également par cet entremêlement de rencontres dont nous devenons, au fil du chemin, l’expression, et qui lorsqu’elles sont si profondes affleurent toujours par leur présence.

2 juin Guingamp

2 juin Guingamp

rencontre avec les ex salariés de Triskalia et Serge Lequéau

2 juin guingamp

2 juin guingamp

rencontre avec les ex salariés de Triskalia et Serge Lequéau

2 juin Treguier avec les Insoumis du coin

2 juin Treguier avec les Insoumis du coin