23 mai Arzal

Ce matin, les cloches ont sonné à Vannes, avec une certaine longueur qui ne serait sans doute pas admise partout, tant elles perturbent une matinée sacrée par ce qu’elle peut nous apporter de sommeil. Mais je ne peux blâmer les cloches là où c’est en réalité une crampe qui m’a tiré du sommeil, la première depuis huit jours, ce qui est assez raisonnable après tout. Ce matin, nous avons profité d’un agenda plus léger aujourd’hui pour avancer sur les perspectives de campagne. Tout cela avance bien. Je considère qu’il faut établir la ligne de clivage là où elle se situe dans les rapports de force réels de la Région, entre les partisans du lobby agro-industriel, d’un modèle dépassé sur le plan économique, social et écologique, et ceux qui comme nous proposent une alternative. Plus cette ligne de clivage apparaîtra, plus cette élection aura du sens politiquement parlant. 
L’étape d’aujourd’hui a été raccourcie, et nous sommes partis de Theix pour aller au barrage d’Arzal, une bonne trentaine de kilomètres. Le temps n’a pas été de la partie, et Noluenn a été courageuse de m’accompagner sur ce tronçon particulièrement tempêtueux. La grêle nous a même surpris avec un vent qui nous obligeait à pédaler à fond en pleine descente. Certaines voitures, en passant, nous saluent et klaxonnent joyeusement ; cela réchauffe les cœurs, surtout à cette température ! 
La visite que nous avions aujourd’hui avait lieu à Arzal, où j’ai rencontré des personnes engagées dans des associations environnementales ou sur des luttes écologiques relatives à la méthanisation. Le barrage d’Arzal pose un problème particulier : la remontée d’eaux maritimes est bloquée par cet ouvrage construit à l’origine dans l’idée d’empêcher des inondations à Redon où nous allons demain. En réalité, les crues autour de Redon ont lieu en dépit du barrage, qui provoque en revanche de sérieux problèmes signalés par les agences compétentes elles-mêmes. L’écosystème est particulièrement touché, puisque l’estuaire de la Vilaine s’envase, ce qui affecte particulièrement le milieu vivant là. Les premiers touchés, dès lors, sont ceux qui font métier de la culture des moules, les mytiliculteurs, nouveau mot à mon vocabulaire d’ailleurs. La production de moules chute considérablement, en partie du fait de ces perturbations de l’écosystème et de la pollution des eaux. En termes d’ingénierie, ce barrage est désormais pris en exemple de ce qu’il ne faut pas faire, et pour cause : la solution est particulièrement difficile à trouver, d’autant que derrière le barrage se situe désormais le premier port de plaisance fluvial d’Europe, entre Arzal, Camoël et la Roche-Bernard. L’usage hasardeux de la technique et la fuite en avant du capitalisme se lisent dans toutes les lignes du paysage : les projets de méthanisation industrielle risquent d’affecter les cours d’eau, l’antifouling des ports de plaisance implique une pollution difficilement évitable, et les producteurs de moules s’en trouvent affectés. 
Une solution technique pourrait sans nul doute être trouvée si des investissements importants étaient réalisés, impliquant une remontée des eaux maritimes et, pourquoi pas, l’installation de petites turbines pour produire de l’énergie. Nous sommes là où les aspects politiques, techniques et scientifiques s’entremêlent, précisément cette zone dont les citoyens doivent s’emparer pour que nous puissions restaurer notre démocratie. Pour ce qui est de la méthanisation, le choix doit être directement politique : il faut un moratoire sur la méthanisation industrielle qui implique la culture de maïs dédiés. Non seulement, il est absurde de faire usage de terres agricoles pour produire de l’énergie, l’élevage devenant un prétexte à la production d’énergie, comme les terres céréalières étaient déjà devenues un prétexte pour la production de cochons ou de poulets. Le maïs est d’autant plus problématique qu’il suppose un renforcement de l’érosion des sols, puisqu’il est cultivé d’avril à novembre, mois trop tardif pour planter autre chose. Dès lors, les terres restent nues l’hiver et l’érosion des sols, problème gigantesque, se renforce d’autant. C’est insensé, nous devons mettre fin à toutes les subventions à la méthanisation industrielle, au niveau régional, national et européen. 
S’en est suivie une discussion passionnante sur le sens de l’engagement politique et la complémentarité avec les collectifs citoyens. Jean-Paul et Loïc avaient installé là un barnum, avec la vingtaine de militants qui nous attendaient pour la belle arrivée. La convocation d’une Constituante est nécessaire pour que les citoyens reprennent le pouvoir sur leur vie, mais cela ne pourra se faire qu’en s’articulant aux collectifs mobilisés partout dans le pays, pour construire une alternative et lutter contre le pouvoir de l’argent qui ruine et salit tout. Ces échanges nourris et sympathiques m’ont enthousiasmé. L’indifférence est notre pire ennemie, le nombre et l’organisation citoyenne nos plus grandes forces. C’est pour cela que je pédale, qu’ensemble nous fassions reculer cette indifférence et peser sur le cours des choses en Bretagne, à commencer par les cours d’eau qu’il faut dépolluer d’urgence. Aberration supplémentaire, à quelques kilomètres, la station de pompage de Férel recueille les eaux de plusieurs affluents de la Vilaine, proche de l’Estuaire. Au lieu d’aller chercher l’eau à la source, on vient la chercher en fin de parcours. En cas de pollution trop importante, étant donné les problèmes massifs liés à l’élevage intensif notamment, l’eau est remélangée avec des eaux venues d’ailleurs, afin de la rendre propre à la consommation. De tels constats invitent à repenser la politique de gestion de l’eau dans le sens de l’intérêt général, en la gérant comme un bien commun non marchandisable. 
Nous avons retrouvé la mer, puisque nous voici à Pénestin, où le vent souffle si fort que la pluie bat les carreaux comme si nous étions en plein hiver. Demain, je prendrai sans doute ma première pause de vélo, pour ménager ma monture et laisser passer le gros grain qui s’annonce. Les jours suivants seront paraît-il, meilleurs. Vienne le temps des cerises et des jours heureux !

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