26 mai Rennes

À Rennes à la pédale et au pas de course

Ce matin, la fine pluie bretonne dont nous aimons dire qu’elle n’existe presque pas tombait avec une régularité pénible pour qui s’apprêter à avoir une longue journée, surtout car elle commençait à vélo. De Goven où nous avions dormi dans une maison circulaire fort originale et agréable, nous devions revenir à la ville, Rennes approchait. Nous sommes d’abord passé par Bruz, où nous avons rencontré l’association qui prête main forte aux réfugiés et aux migrants, solidarité importante et nécessaire, qui supplée malheureusement, comme dans tant de secteurs, à un manquement de la puissance publique. Ces personnes engagées hébergent des personnes en difficulté, et sont animés d’un humanisme inspirant, car la solidarité avec l’autre et le sens de la coopération sont ce qui nous renforce comme société, et, à chaque étape de notre vie, comme individus. Je le sens bien ces jours-ci, à la rencontre des gens qui habitent la Bretagne et la font vivre.

Nous sommes assez prestement repartis sur nos vélos, l’agenda de la journée ne permettait pas de traîner. C’est assez dommage, car j’aime prendre le temps d’échanger longuement, de débattre, la politique au sens noble du terme qui se construit dans la délibération commune. C’est ce que cette campagne de terrain incarne et produit. Aux alentours de Rennes, à la Prévalaye, nous avons lâché les vélos, courte étape du jour d’une vingtaine de kilomètres, assez pour se détendre, pas trop afin de ne pas finir la journée épuisé. J’ai rencontré Pascal Branchu qui m’a expliqué le projet de la métropole de Rennes quant à cette zone humide tout à fait décisive, espace à préserver. D’une part, elle souhaite approuver un projet d’extension du centre de formation du Stade Rennais, qui viendrait grignoter des terres agricoles. De l’autre, elle compte développer des infrastructures de tourisme dans un lieu qui pourtant ne demande rien de plus, en la matière, que d’y aller se promener. L’un comme l’autre problème sont liés à la puissance de l’argent de modeler les paysages et aller en dépit des évidences historiques du moment. En effet, de nombreuses fermes en maraîchage pourraient être installées sur cette zone, qui retient la pollution à l’ammoniac venu par les vents de l’agriculture intensive. Faites ce que je dis mais pas ce que je fais : le PS contrevient au plan d’orientation régional qu’il détermine dans la joie, tout cela avec EELV qui, au mieux, et alors qu’ils siègent dans la majorité, regarde les balles passer.

Il ne s’agit pas uniquement ici de lutter contre un projet ahurissant du point de vue écologique : il s’agit de défendre un modèle alternatif de développement, positif et fondé sur le rétablissement des ceintures maraîchères. C’est pourquoi nous avons continué notre passage à la Prévalaye en rencontrant Mickaël Hardy, permaculteur bien connu à Rennes, qui lui aussi, comme Gwénaël Le Floch avec qui nous avons échangé hier, cultive un demi-hectare en maraîchage. Des milliers d’habitants de la ville se rendent annuellement sur sa ferme, et le voilà menacé par ce projet construit en dépit du bon sens. Non seulement, cela pose problème, mais il faudrait au contraire installer des dizaines de Mickaël Hardy autour de Rennes, afin d’approvisionner cantines et lycées, au lieu d’aller chercher au plus simple la production industrielle de bio, ou, comme à Brest, se fournir avec Sodexo bio. Nous partageons une colère face à cette hypocrisie manifeste, c’est certain. Mais nous sommes surtout convaincus de la nécessité d’encourager le développement de ceintures maraîchères et ainsi transformer fondamentalement le lien entre les villes et leur proche campagne.

La suite n’est pas sans lien, l'alimentation est politique : nous sommes allés à la distribution alimentaire organisée chaque semaine par l’Union pirate, syndicat étudiant majoritaire à Rennes 2. Cette initiative est décisive au moment où tant d’étudiants sont dans une précarité terrible. Les petits boulots de l’année, bien souvent nécessaires pour vivre, ne sont pas au rendez-vous, et la solidarité concrète est plus que bienvenue. J’ai rencontré plusieurs bénévoles engagés corps et âme dans cette tâche. J’en salue la détermination et le sens de la fraternité qui, là encore, donne à voir le meilleur. Comme enseignant, j’ai pu me rendre compte des nombreuses difficultés rencontrées par nos étudiants cette année, car à la précarité matérielle s’est ajoutée une souffrance psychologique terrible. Il faut les soutenir, rouvrir franchement les universités et remettre sur la table la proposition cruciale d’allocation d’autonomie pour les étudiants.

Je n’ai, là non plus, pas pu rester longtemps : une rencontre avec le collectif des festivals dans notre région qui en compte tant, et tant d’associatifs précisément, m’attendait à 16h. Les échanges, là aussi, ont été passionnants. Les contraintes qui vont peser sur les festivals, notamment pour les festivals qui voudraient accueillir plus de 1 000 personnes, sont lourdes et le pass sanitaire est une incohérence d’emblée, puisqu’il frappe encore indistinctement le secteur de la culture, quand il en épargne d’autres. Surtout, c’est la nature associative de l’organisation de nombreux festivals bretons qui a été mis en avant, ainsi que la nécessité de subventionner les postes en tenant compte de l’évolution des salaires au fil du temps. Ce tissu associatif est à défendre, encourager et développer tant il est l’une des richesses les plus incroyables de notre région. Des dispositifs qui laissent la place à la création artistique doivent être aussi développés, car l’accès au festival reste sociologiquement excluant, et je crois que c’est en créant que l’on noue le rapport le plus étroit avec les arts et la culture.

Nous n’avons d’ailleurs pas quitté ce monde lorsque peu après nous avons rencontré les intermittents qui occupent l’Ubu. La revendication principale, comme au Quartz ou dans les autres lieux de culture occupés, comme à Lorient où nous étions samedi 15, c’est le retrait de la réforme de l’assurance chômage. Cette réforme va frapper violemment et injustement ceux qui subissent déjà la précarité de l’emploi. Les allocations de plus d’un million de nos concitoyens vont être supprimées ou sérieusement diminuées. Nous rejoignons bien entendu cette revendication et soutenons pleinement le mouvement.

La rencontre qui a terminé cette journée chargée a porté sur l’écologie. À chaque étape de la journée, nous avons avancé sur l’alternative sociale et écologique que nous proposons, la nourrissant des échanges et faisant connaître et partager nos perspectives. C’est avec Alternatiba et le collectif pour la ligne régulière Rennes – Nantes en passant par Chateaubriant que nous avons échangé autour de la politique des transports. Nous y avons répété notre intention de transférer progressivement l’ensemble des subventions accordées à l’aérien par la Région vers le fluvial, le vélo et le train. La cohérence d’une politique de transport part de l’articulation entre différents moyens de transports, ce qui est flagrant dans le cas de la ligne Rennes – Nantes en passant par Chateaubriant : aujourd’hui, il faut s’arrêter à Retiers pour prendre un car dans quatre cas sur sept, alors que les horaires pourraient être mieux coordonnées entre les deux régions. Enfin, l’objectif de la gratuité pour les 18-25 ans d’ici à la fin du mandat nous tient à cœur, comme premier pas vers la gratuité des TER. C’est une mesure frappée de bon sens écologique et social.

Encore une fois, un bon plat nous attendait chez Elisabeth, avec des échanges passionnants sur la campagne et nos perspectives. Quoi qu’il advienne, nous faisons à chaque étape la démonstration qu’il existe des forces préoccupées de l’intérêt général, claire, cohérente et sans compromission avec le pouvoir de l’argent. En Bretagne, elles peuvent se joindre à l’effort de la liste Bretagne insoumise pour faire vivre l’alternative que nous proposons. Ce temps de la délibération commune, si court, est pourtant si important. Nous avons des volontaires qui arrivent et se décident à rejoindre une campagne qui de premier abord les laissaient indifférents. N’hésitez pas à m’écrire pour en faire autant ! Demain, nous irons aux confins du département et de la Région, à Vitré. Je vous écrirai depuis là-bas !

26 mai rennes

26 mai rennes

26 mai avec Mickaël Hardy

26 mai avec Mickaël Hardy

26 mai avec Pascal Branchu

26 mai avec Pascal Branchu

26 mai distribution alimentaire avec l'union Pirate

26 mai distribution alimentaire avec l'union Pirate

26 mai rennes4

26 mai rennes4

26 mai collectif pour la ligne Rennes Nantes

26 mai collectif pour la ligne Rennes Nantes