Algues vertes aux élus bretons

Adressé à :
la rédaction de Ouest-France ;
Monsieur Mickaël Cosson, Maire d’Hillion, vice-président de Saint-Brieuc Armor Agglomération, en charge du tourisme ;
Maire-Claire Diouron, Maire de Saint-Brieuc, Présidente de Saint-Brieuc Armor Agglomération ;
Alain Cadec, président du Conseil Départemental des Côtes d’Armor ;
Loïg Chesnais-Girard, président du Conseil Régional de Bretagne.
et les vice-présidents et directeurs en charge de l'agriculture, de l'environnement et du tourisme…

En réaction à l’article de Ouest-France (05/08/2019),
“Les algues vertes : le fléau frappe encore la Bretagne” et l’interview du maire d’Hillion

Nous tenons à rappeler des faits et références qui permettront aux lecteurs d’avoir une plus juste idée des non-solutions évoquées pour éradiquer ce fléau des algues vertes.

Très justement, cet article rappelle la cause de cette pollution mortelle, soient « des nitrates dans la baie, issus des engrais et épandages de lisiers », et le fait que nous sommes « encore loin des 10 mg/l préconisés par les scientifiques pour éradiquer le phénomène ».

Alors quoi !? Des mesures ont été prises ? Soit. Mais largement insuffisantes. Les exigences de ces scientifiques sont « inacceptables » d’après la Chambre d’agriculture ? Mais les morts déjà survenues, celles qui pourraient à nouveau être déplorées, sont-elles acceptables ? (1)

Oui, la transition demande du temps. Oui, certains agriculteurs doivent être aidés afin de l’effectuer. Mais quels sont les moyens vraiment développés ? Des aides financières, toujours, sans contrôle efficace et sans sanction réelle quand les règles ne sont pas appliquées (2).

Pour l’anecdote, rappelons le courrier émanant de M. Olivier Allain, alors président de la Chambre d’Agriculture des Côtes d’Armor, demandant à tous les exploitants agricoles de ne pas s’acquitter de leur déclaration de flux d’azote pour 2014-15 (3).

Par ailleurs, pour illustrer à quel point les élus locaux ne veulent pas déplaire aux forces économiques de l’industrie agroalimentaire locale et nationale, l’interview de Mickaël Cosson, maire d’Hillion, est un modèle. Pour résumer, mieux ramasser les algues avant qu’elles ne s’échouent (« cela fait des années qu’on y réfléchit »), «redoubler d’effort », et la cerise, « c’est à chacun de revoir son mode de consommation » ! Enfin, si « ce n’est pas en sanctionnant fortement qu’on trouvera les solutions », l’« accompagnement plus conséquent », peut être traduit directement par davantage d’aides financières, de l’Etat et de l’Europe.

Et la boucle est bouclée ! D’une part les aides déjà versées n’étant pas suffisantes – mais où sont-elles investies déjà ? (4) –, d’autre part la Chambre d’agriculture, porte-parole de l’industrie locale du cochon, trouvant “inacceptable” d’accompagner plus énergiquement la transition, c’est bien un chantage au financement qui apparaît en filigrane.

Si bien que Mesdames et Messieurs les élus de toutes amplitudes géographiques, mettez-vous bien d’accord. Car laisser les “coopératives” dicter leurs lois, la Chambre d’agriculture les appliquer en contradiction totale avec les impératifs de santé pour les habitants… c’est observer avec fatalisme cette course au profit détruire tout un écosystème, mais aussi des agriculteurs, des personnels de l’agro-industrie… Avez-vous mesuré l’impact à moyen terme de cette invasion qui ruine faune et flore sur nos rivages ? Quelles conséquences, y compris en période de canicule, sur le tourisme, seule catégorie que vous tenez à préserver ?

Comptez sur la vigilance citoyenne pour pointer cette frilosité inacceptable face aux lobbys.
L’empoisonnement de nos plages n’est pas une fatalité. Accompagnons concrètement les agriculteurs à effectuer la transition (aide humaine, formations, désendettement…) pour sortir de ce modèle mortifère.

Enfin, une proposition constructive soutenue par M. André Pochon et Halte Aux Marées Vertes est en ligne depuis ce 05 août, adressée à Mme la Préfète et M. le Président de la Région Bretagne ; nous invitons à la signer largement :

https://www.cyberacteurs.org/cyberactions/reduirelesalguesvertescestpossible-3235.html

  1. Tous ces éléments se retrouvent dans l’enquête très complète « Algues vertes, l’histoire interdite »
    d’Inès Léraud, dessinée par Pierre Van Hove, que nous recommandons vivement.
    La revue dessinée, Delcourt, Juin 2019, en librairie.

  2. Halte Aux Marées Vertes a gagné son procès contre l'État en 2010 : l'argent dépensé après avis de la chambre régionale des comptes était utilisé à d'autres fins et les directives n'étaient pas respectées.

  3. Pour rappel, azote qui se transforme en nitrates, première cause de la prolifération des algues.
    Olivier Allain a également été président de la FDSEA du 22 et nommé coordinateur des états généraux de l’alimentation (2017). Il est vice-président du conseil régional de Bretagne chargé de l’agriculture et de l’agroalimentaire, et éleveur bovin.
    Ce courrier (2015) a été signé par les présidents des 4 chambres d’agriculture bretonnes !
    Nous le tenons à la disposition toute personne curieuse d’y jeter un œil.

  4. Les plans nitrates se succèdent depuis les années 1990…

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