Conseil Municipal 1er avril : réaction FI

Saint brieuc mon amour
Émotion n’est pas raison

Saint-Brieuc, le 02 avril 2019

Consciente que le conseil municipal du 1er avril serait perturbé par les opposants à son projet d’installation de 40 caméras de vidéosurveillance, madame la Maire de Saint-Brieuc a bien préparé son affaire.

Dans sa grande magnanimité, elle a d’abord accepté que les porte-parole des opposants lisent la motion de protestation qu’ils avaient rédigé. C’était pour mieux utiliser ensuite contre ces derniers sa botte secrète : l’intervention de la mère d’un jeune homme assassiné dans une rue de Saint-Brieuc voilà quelques années. Celle-ci, on le comprend aisément, s’est muée défenseur de la vidéosurveillance, en arguant du fait qu’elle avait permis de faire condamner l’agresseur de son fils.

Outre le fait qu’il dénote une incapacité de Madame la Maire à débattre sérieusement sur le fond, le procédé est particulièrement scandaleux ! Il n’est pas possible en effet, à partir d’un cas particulier aussi dramatique et émouvant soit-il, de tirer des conclusions sur le bien fondé de la vidéosurveillance.

Infliger une violence symbolique à une mère éplorée, en chargeant celle-ci de venir défendre le projet de la municipalité, au lieu d’en assurer soi-même la promotion est particulièrement abject.

À court d’argument, Madame la maire a en fait confondu morale et éthique. Pour ce qui est de la morale, elle n’en a pas manifesté beaucoup en allant solliciter un tel témoignage. La méthode qui consiste à exploiter l’émotion légitime d’une mère éplorée pour couper court à tout débat, rejeter dans le camp de l’assassin les opposants au projet est immonde. L’émotion n’est jamais bonne conseillère et, en l’occurrence, elle n’est pas raison.
S’appuyer sur l’émotion et la morale était en fait un moyen d’éviter que ne soit débattue l’inefficacité des caméras déjà installées dans le centre-ville. Que Madame la Maire ose ensuite, parce que le terme de « surveillance » la choque certainement, nous présenter ces caméras comme un moyen de protéger les citoyens est tout aussi écœurant. Faut-il lui rappeler que, si les bandes vidéo ont permis de faire condamner l’assassin du fils de son intervenante surprise, elles n’ont en aucun cas empêché son passage à l’acte !

Inquiète de son bilan, l’actuelle municipalité tente donc aujourd’hui de jouer la carte du sécuritaire dans la perspective des prochaines municipales. Ce faisant son action s’inscrit dans le court terme, sans réfléchir aux possibles conséquences ultérieures d’une telle décision. Il est bien triste que le fait d’assister en tant que Maire aux commémorations en mémoire de la Résistance ne l’incite pas à plus de prudence, car avec un tel système de surveillance il aurait été très difficile de résister pendant l’occupation.

Il n’est pas loin le moment où Madame la Maire en viendra, comme le représentant de l’extrême droite au Conseil municipal, à présenter comme une nécessité le fait d’étendre la vidéosurveillance sur l’ensemble de la ville.

Commentaires (2)

VINOT Françoise
  • 1. VINOT Françoise | 02/06/2019
Bonsoir Madame, Monsieur,

Je découvre seulement ce soir cet article !!! Je n'en avais eu que quelques bribes. Si j'avais lu cet article complètement avant de répondre à Ouest-France, j'aurais certainement été plus tranchante dans mes propos ... comme vous l'êtes vous, ici.
Mais NON, finalement. Je resterai toujours courtoise, comme je le suis dans la vie ... ce que vous n'êtes pas à ce que je vois.

Je suis Françoise Vinot, cette maman qui a perdu son fils assassiné à Saint-Brieuc.
Si vous me connaissiez mieux, vous sauriez que ma parole a été libre lors du procès d'assises. Elle ne pouvait donc qu'être libre lors de ce conseil municipal, je suis une citoyenne aussi. Je ne suis pas un objet. Et ma parole sera TOUJOURS libre.
Et cette Liberté, j'en prends soin car elle est belle !

JE VOUS INTERDIS D'UTILISER MES PROPOS.

Cordialement

Françoise Vinot
Le Meur
  • 2. Le Meur | 02/04/2019
Les recherches du sociologue Laurent Muchielli (« Vous avez dit sécurité ? », collection Questions de société, 2012), qui est intervenu au sujet de l’installation de caméras à Pordic, montrent l’inutilité de ces dispositifs. Quand les décideurs politiques se décideront-ils à prendre en compte les travaux des chercheurs et feront-ils preuve d’un peu de rationalité quant à l’usage de l’argent public ?

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Date de dernière mise à jour : 02/04/2019