Pourquoi 37 pays font appel aux médecins cubains

Lhumanite

 

Medecins cubainsPour lutter contre le coronavirus et l'urgence sanitaire qu'il engendre, les soignants de la Grande Île se portent au chevet du monde. Le pays, qui a érigé la santé en priorité depuis 1959, fait également montre de son degré d’avancement dans l’industrie biotechnologique.

On était plus habitué à les voir se déployer dans des pays en développement. Ils ont débarqué, dimanche, sur le tarmac de l’aéroport de Milan en blouse blanche, le visage dissimulé par un masque sanitaire, mais avec force drapeaux cubains et italiens, en symbole de la coopération. À la demande de la Lombardie où, depuis dimanche, le Coronavirus a fait plus de morts que dans l’ensemble de la Chine, 37 médecins cubains, parmi lesquels des généralistes, des pneumologues, des spécialistes des maladies infectieuses et des soins intensifs, ainsi que 15 infirmiers sont arrivés en renfort des équipes médicales locales. « (Notre) patrie est l’humanité et nous allons donc là où il faut aller : notre formation médicale n’est pas seulement scientifique mais liée à l’humanisme », a expliqué le docteur Carlos Ricardo Perez Diaz, directeur de l’hôpital Joaquin-Albarran de La Havane. Comme dans les 37 pays où ils sont déployés pour lutter contre le coronavirus, les médecins arrivés en Italie ont une expérience dans l’urgence sanitaire, dont celle du traitement du virus Ebola, en 2014.
Une molécule qui s’exporte

La Grande Île avait déjà fait parlé d’elle en début d’épidémie. Depuis 2003, la Chine bénéficie en effet d’un transfert de technologie pour l’interféron alfa 2b, un antiviral produit par l’entreprise cubano-chinoise ChangHeber. Le médicament avait été utilisé contre des virus présentant des caractéristiques similaires à celles du Covid-19. Selon la revue Prescrire, la molécule, qui dope le système immunitaire, est toutefois lourde d’effets secondaires qui ne peuvent être supportés par tous les patients (dépression, comportements suicidaires…). Elle permet cependant de limiter les complications et la multiplication des symptômes. En Chine, l’interféron alfa 2b a été administré à 1 500 patients qui, depuis, ont guéri. Une quinzaine de pays ont en outre demandé à Cuba le droit d’utiliser le médicament. Le développement de l’interféron alfa 2b illustre le degré d’avancement de l’industrie biotechnologique cubaine, malgré le blocus états-unien.
Des médicaments abordables

Lorsque les barbudos font leur entrée à La Havane, en 1959, la moitié des 6 000 médecins cubains quittent le pays, exposant dangereusement la population. La santé est érigée en priorité, avec la nationalisation des entreprises pharmaceutiques. En 1981, le plan Frente biologico (« front biologique ») débouche sur la création du Centre de génie génétique et de biotechnologie, qui produit des médicaments abordables pour le marché intérieur et une cinquantaine de pays : 569 des 857 produits figurant sur la liste cubaine des médicaments sont ainsi fabriqués dans le pays. Depuis 1999, l’École latino-américaine de médecine a formé annuellement des milliers d’étudiants de 24 pays d’Amérique latine. Quatre cent mille travailleurs de la santé ont en outre participé à des missions dans 164 pays, notamment en Ukraine en 1986, après l’accident de Tchernobyl, où 26 000 mille personnes, dont une majorité d’enfants, ont été traitées. En 2018, l’exportation de services médicaux rapportait 6,3 milliards de dollars et a confirmé son rôle de moteur de l’économie cubaine. La somme est réinjectée dans le système de santé publique, gratuit pour tous, comme le stipule la Constitution.
Une campagne virulente de Washington

L’arrivée au pouvoir de gouvernements ultraconservateurs sur le continent américain a depuis forcé 9 000 médecins à quitter, entre autres, le Brésil de Bolsonaro et la Bolivie de la présidente autoproclamée Jeanine Anez, fermant les yeux sur l’amélioration des indicateurs sanitaires. Washington a déployé une campagne virulente contre Cuba, dont les médecins ne seraient qu’une « main-d’œuvre esclave » servant de relais de propagande. Le médecin travaillant à l’étranger obtient « des bénéfices supérieurs à ceux qu’il peut obtenir à Cuba », contrecarre le docteur Michael Cabrera, sous-directeur de l’Unité centrale de coopération médicale, notant que les soignants signent un contrat, perçoivent 300 à 900 dollars par mois pour les besoins de base en plus de leur salaire. La chercheuse américaine Julie Feinsilver mesure la contribution des soignants cubains : en 2010, ils avaient prescrit un traitement à plus de 85 millions de patients, réalisé plus de 2,2 millions opérations, et multivacciné plus de 9,2 millions de personnes.


 

L'Humanité Lundi, 23 Mars, 2020
Lina Sankari

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Date de dernière mise à jour : 24/03/2020